
Dividendes : la France dans le top 6 des pays européens les plus taxés
Depuis le 1er janvier 2026, le taux maximal d’imposition des dividendes perçus par un particulier résident de France atteint 35,4 %. La France se hisse ainsi au sixième rang européen, loin devant la moyenne du continent (21 %). Retour sur un mouvement discret mais lourd de conséquences pour les dirigeants, les actionnaires familiaux et les contribuables mobiles entre la France et la Suisse.

I. Comment passe-t-on de 30 % à 35,4 % ?
Le prélèvement forfaitaire unique (PFU), la « flat tax » instaurée en 2018, se composait jusqu’ici de 12,8 % d’impôt sur le revenu et de 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 30 %.
La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) a relevé de 1,4 point le taux de la CSG applicable aux revenus du capital, qui passe de 9,2 % à 10,6 % au titre d’une nouvelle contribution financière pour l’autonomie. Les prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine et les produits de placement atteignent donc 18,6 %, et la flat tax 31,4 %. La mesure s’applique dès l’imposition des revenus du patrimoine de 2025 et, pour les produits de placement, aux revenus perçus à compter du 1er janvier 2026.
À ce taux s’ajoute, pour les foyers les plus aisés, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR, article 223 sexies du CGI) : 3 % sur la fraction du revenu fiscal de référence comprise entre 250 000 € et 500 000 € pour un célibataire (500 000 € à 1 M€ pour un couple), puis 4 % au-delà. Les dividendes entrant dans le revenu fiscal de référence, un dirigeant qui se distribue des dividendes importants franchit rapidement ces seuils.
Le calcul du taux maximal 12,8 % (IR) + 18,6 % (prélèvements sociaux) = 31,4 % de flat tax 31,4 % + 4 % (CEHR, tranche supérieure) = 35,4 % Pour un contribuable sous les seuils de la CEHR, le taux reste de 31,4 % ; il est de 34,4 % dans la tranche à 3 %.
Précision utile : la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), qui garantit une imposition minimale de 20 %, est un plancher et non une surtaxe. Elle ne s’ajoute pas au 35,4 %.
II. La France face à ses voisins
Les données compilées par la Tax Foundation (mars 2026, à partir des sources OCDE et PwC) donnent la mesure de l’écart. Seuls cinq pays européens taxent davantage les dividendes des particuliers :
Irlande : 51 %
Danemark : 42 %
Royaume-Uni : 39 %
Norvège : 38 %
Pays-Bas : 36 %
Viennent ensuite la France (35,4 %), puis un peloton de grandes économies nettement en dessous : Suède, Espagne et Belgique (30 %), Autriche et Portugal (28 %), Allemagne et Italie (26 %), Suisse et Islande (22 %), Luxembourg (21 %). À l’autre extrémité, l’Estonie, la Lettonie et Malte n’imposent pas les dividendes entre les mains du particulier, l’impôt étant prélevé au niveau de la société.
La moyenne européenne s’établit à 21 %. La France se situe donc 14 points au-dessus — et 13 points au-dessus de la Suisse, ce qui n’est pas neutre pour les contribuables dont la résidence fiscale est susceptible d’évoluer entre les deux pays.
Il faut toutefois lire ces chiffres avec prudence : il s’agit de taux maximaux, après crédits d’impôt, qui ne tiennent compte ni de l’impôt sur les sociétés acquitté en amont, ni des mécanismes d’atténuation propres à chaque État (imputation partielle, abattements, régimes de participation).
III. Ce que cela change pour les actionnaires et dirigeants
L’arbitrage rémunération / dividendes / mise en réserve
Pour le dirigeant d’une société à l’IS, la question de la forme de sa rémunération se repose chaque année. Le relèvement de la flat tax, combiné à la CEHR, réduit l’avantage comparatif du dividende par rapport au salaire ou à la rémunération de gérance pour les hauts revenus. La mise en réserve au sein d’une holding, qui diffère l’imposition personnelle, retrouve de l’intérêt — sous réserve des contraintes désormais attachées aux holdings patrimoniales.
PFU ou barème progressif ?
L’option pour le barème, globale et irrévocable pour l’ensemble des revenus de capitaux mobiliers de l’année, ouvre droit à l’abattement de 40 % sur les dividendes et à la déductibilité partielle de la CSG. Pour les foyers imposés dans les tranches basses ou moyennes, elle reste souvent plus favorable que le PFU à 31,4 %. Le calcul doit être refait chaque année, à la lumière du nouveau taux.
Le calendrier des distributions
Le franchissement des seuils de la CEHR dépend du revenu fiscal de référence de l’année. Lisser les distributions sur plusieurs exercices, ou les concentrer sur une année de faibles revenus, peut faire basculer le taux marginal de 35,4 % à 31,4 %. Le mécanisme de lissage prévu par l’article 223 sexies, en cas de revenus exceptionnels, mérite également d’être examiné.
Les contribuables franco-suisses
Pour un résident de France percevant des dividendes de source suisse, la retenue à la source helvétique (35 %, ramenée à 15 % par la convention) s’impute sur l’impôt français ; le taux global reste celui de la France. À l’inverse, un transfert de résidence en Suisse soumet les dividendes à l’impôt cantonal et fédéral, avec une imposition partielle pour les participations qualifiées. L’écart de taux est réel, mais il ne saurait fonder à lui seul une décision de transfert de résidence : exit tax, fiscalité du patrimoine, succession et situation familiale pèsent tout autant.
IV. En conclusion
Le taux affiché n’est qu’un élément de l’équation. La structure de détention des titres, la convention fiscale applicable, le niveau du revenu fiscal de référence et le rythme des distributions font le reste. Une revue annuelle de la politique de distribution, en amont de l’assemblée d’approbation des comptes, permet le plus souvent d’absorber l’essentiel de la hausse.
Questions fréquentes
La hausse de la flat tax à 31,4 % s’applique-t-elle aux dividendes perçus en 2025 ?
Les dividendes relèvent des produits de placement : le taux de 18,6 % de prélèvements sociaux s’applique aux dividendes perçus à compter du 1er janvier 2026. Les revenus du patrimoine (revenus fonciers, plus-values mobilières notamment) sont en revanche concernés dès l’imposition des revenus de 2025.
Suis-je concerné par les 4 % de CEHR ?
Seulement si votre revenu fiscal de référence dépasse 500 000 € (célibataire) ou 1 M€ (couple). Entre 250 000 € et 500 000 € (ou 500 000 € et 1 M€ pour un couple), le taux est de 3 %. En dessous, aucune CEHR n’est due et le taux maximal sur les dividendes est de 31,4 %.
L’assurance-vie et le PEA sont-ils touchés par la hausse de la CSG ?
Non : le taux de 9,2 % de CSG est maintenu à titre dérogatoire pour l’épargne réglementée, l’assurance-vie et les bons de capitalisation. Les prélèvements sociaux y restent à 17,2 %. Les dividendes perçus dans un PEA demeurent exonérés d’impôt sur le revenu dans les conditions habituelles.
Vaut-il mieux opter pour le barème progressif en 2026 ?
Cela dépend de votre tranche marginale et de la composition de vos revenus de capitaux mobiliers. L’option est globale : elle s’applique à l’ensemble des dividendes, intérêts et plus-values de l’année. Une simulation comparative est indispensable avant de cocher la case 2OP de la déclaration.
Un dirigeant résident de France peut-il réduire sa fiscalité en logeant ses titres dans une holding ?
La holding permet de différer l’imposition personnelle tant que les dividendes ne sont pas redistribués, grâce au régime mère-fille. Elle n’efface pas l’impôt : la flat tax, et le cas échéant la CEHR, s’appliqueront lors de la distribution à l’associé personne physique. Les holdings patrimoniales font en outre l’objet d’une attention renforcée du législateur et de l’administration.
Sources : Tax Foundation, « Dividend Tax Rates in Europe », mars 2026 (OCDE, PwC) ; loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 ; articles 200 A et 223 sexies du CGI ; articles L. 136-6 et L. 136-7 du Code de la sécurité sociale.
Eve d'Onorio di Méo
Avocat Spécialiste en Droit Fiscal
Barreau de Marseille et Genève (Avocat UE/AELE)




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